Australia... ou pas

Publié le par Dobbs


Bon, je viens d'aller voir "Australia"
et je me sens quelque peu obligé
de pondre un article, là tout de suite...

Attention SPOILER sur tout
ce qui va donc suivre / je ne donnerai
cependant pas mon avis, juste dire
que le film est intéressant à divers
degrés (mes étudiants comprendront...).

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Luhrmann nous a habitué à du visuel, des références
sur l'âge d'or d'Hollywood et de Broadway, ainsi
qu'à du gros décalage dans la narration...

Pour moi, "Australia" est une superproduction doublée
d'un vibrant hommage aux films épiques et romantiques
des années 1940, mais confond répétitions et
leitmotivs. Un film qui risque d'être un peu
"la Porte
du Paradis" 
du réalisateur, car "Australia" est une sorte
d'amalgame trés long de stéréotypes/clichés, jouant
avec les capacités surexploitées des deux stars qui
se concurrencent à coups de posings, de pleurs et
de regards caméras...



J'espère que le film ne deviendra pas un non
classique qui serait (re)connu uniquement pour
son politiquement correct, ses plans aériens et les
séquences artificielles et/ou ralenties.


Il s'agit à mon sens d'un film qui navigue entre
l'incompris et l'incompréhensible : est ce que
"Australia" n'est qu'une hybridation ? Un pur
plaisir personnel ? Un best of de clins d'oeil ?

J'apprécie le concept , le montage et les références,
mais j'ai du mal avec la structure narrative et bien
sûr le fond. Quid de tout ça ? Détaillons...

Pas de souci concernant les images,
c'est beau, particulièrement léché avec
de splendides (et récurrents) ralentis.


L'exposition est biens sentie (j'ai cru
voir du Coen d'ailleurs) tellement le beau
frise avec l'hystérie, et puis on arrive
au coeur même de l'histoire narrée
en voix off par le petit arborigène,
autour de ces deux personnages
opposés socialement qui vont se
rencontrer et s'aimer autour du
convoyage de bétail en Australie...


Déjà toute une atmosphère est mise
en place de façon référentielle, romantico-
épique, qui lance sur de nombreux
hommages au cinéma US :

"Autant en emporte le vent"
pour tout ce qui relève du romantisme
forcené et du travail de peinture...





D'autres films à l'ancienne
tels que "African Queen"
pour l'histoire d'amour contre
culture entre le barroudeur
et une dame de la haute...


Notez les faux splits sur le bateau
par la barre de métal : ce genre
de composition est TRES
récurrent dans "Australia".


Bien sûr tout le travail de fond de
"Red River" comme western classique,
avec son histoire de convoyage
de têtes de bétail et de
différences sociales...


Avec des plans que l'on retrouve dans le film
de Luhrmann où Lady Ashley se retrouve
au milieu d'hommes bourrus.


En film noir et blanc, nous ne sommes pas censés
passer à côté de la nostalgie de métrages tels
que "Casablanca" (puisque Bogart demeure un
point de focalisation intéressant...).


Sur le côté visuel et beau de l'Australie, j'ai tendance
à préférer l'un des premiers métrages de
Russel Mulcahy "Razorback", où l'on
trouve les plus belles images possibles...
Forcément des réservoirs d'eau, des éoliennes,
des kangourous et des gens de l'outback
peu recommandables...


Mais le plus gros "emprunt" demeure sans
nul doute "Out of Africa" (dans sa forme).

L'histoire d'une jeune femme de la haute société
partie dans un pays lointain pour rejoindre
son époux et qui fera son chemin là-bas,
en défrayant la chronique d'un monde
social établi (en s'amourachant d'un chasseur).
Un monde qui ne saura changer que par des
évènements extérieurs majeurs...

Regardez "Australia" en ayant ces séquences
clefs en têtes et faîtes le rapprochement :







Oui Lady Ashley arrive en terres hostiles
avec ses airs supérieurs et son assurance
que rien ne peut troubler. Elle sera tout
de même changée par cette expérience
de la vie sauvage et de la proximité avec
un homme qui ne fait pas partie de
sa "caste".

De l'amour impossible comme a aimé le
traiter à plusieurs reprises Baz Luhrmann...

Avec une prise de conscience de son
enfermement dans une existence aux règles
strictes. Une prise de conscience dans la
douleur avec plusieurs catastrophes et
l'enfance qui lui renvoit sa propre image...


Un peu comme...


Je rajoute d'autres séquences de "Titanic"
qui sauront éclairer votre vision du
film de Luhramnn...

L'opposition de classe avec faux split :


Le travail de lumière (à la "Autant en emporte le vent") :


Le héros masculin qui pénètre une classe
sociale dont il ignore les usages et
qui doit revétir les atours de ce milieu :


L'héroine, quant à elle, prendra de la distance
avec son monde en étant témoin des
actions d'enfants la renvoyant par
analogie à sa propre image :


Tout ceci avant de lutter pour leur survie dans
un environnement qui brouille tous les
repères et toutes les convenances et
permet aussi de régler les comptes
avec le méchant de service :


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Les connaisseurs apprécieront, les aficionados
de l'amour romantique irréaliste suivront, mais
les autres trouveront le métrage long et sirupeux...


Ceux qui veulent gratter le pourront, tant
les leitmotivs sont nombreux : posings, arbres,
coups téléphonés, deus et diabolicus, rapports
explicites à la filiation, addictions...

Du danger que constitue l'eau, ou son manque
(essayez de comprendre la boucle symbolique faite
autour du réservoir de la ferme et celui de la ville),
de l'implication du spectateur par la surutilisation
des regards caméra (la seule transgression du
film d'ailleurs ?), et son agression par
"Over the Rainbow" over martellé aussi...



Des surcadrages, des plans à
la Sergio Léone et à la David Lean...



Vous aurez largement
de quoi faire au final.

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En fait, "Australia" c'est quoi ?
Deux individus qui s'aiment mais
qui regardent dans deux directions opposées ?


Et bien, non. C'est juste une femme qui affronte son destin...


...en compagnie d'un homme qui ne cesse de fuir.


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Mais c'est un peu comme Tarantino :
 à quoi ça sert tout ça ?
(Ce n'est pas une critique, vous l'aurez
compris / C'est une question qui
me semble juste essentielle)

Publié dans CHRONIQUES CINE-TV

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Joseph 08/01/2009 00:16

Tu devrais écrire plus souvent des articles comme ça. J'ai presque l'impression de ne pas avoir complètement perdu mes 5 euros car j'aurais au moins tiré quelque chose de ce film. Merci, donc :P

Dobbs 26/01/2009 21:00


Non, Joseph
ça fatigue énormément de réfléchir, trop difficile avec mes pertes (neuronales) mensuelles
Il n'y a aucune connotation d'ordre sexuogravelleuse dans ce que je viens de dire...