A l'ère du remake/reboot de films, de la non
originalité des différents blockbusters et de la
nostalgie vue comme argument financier, on
pouvait légitimement s'interroger sur cette
opportunité filmique estivale qu'était Super 8...
Hérésie ou mission impossible ? Ce n'est peut
être pas la meilleure question à se poser devant une
telle oeuvre. Surtout avec un JJ Abrams adoubé
par Spielberg durant le tournage, la post
production et la promo du métrage en question...
La clef du film tient dans le running gag verbal
du jeune apprenti réalisateur Charles avec son
"Plus value de production" (cad une amélioration
notable et artificielle d'une production par les
circonstances de tournage)...
En effet, avec ce film marque de fabrique (et
fabrique de marque), la véritable problématique
serait la suivante : Super 8 est il d'avantage
un hommage aux Teen Movies des 80's ou à
un producteur décidément "incontournable" ?
Clairement, à mon sens, Super 8 porte sur le
renouveau et la magie cinématographique, du moins essaye
t-il de le faire... C'est hélas un Canada Dry melting pot
de tout ce qui est antérieur et important pour la cassure
générationnelle des 70's/80's : A l'époque, les FX étaient
imparfaits mais chaleureux, le cinéma d'entertainment se
modifiait pour le bonheur des cinéphiles, le nouvel
Hollywood apparaissait et la façon d'écrire l'horreur, la SF
et les teens movies n'avaient plus rien à voir avec
le passé. Soyons clairs, Super 8 ne possède pas l'entrain
des Goonies, la fraicheur des films de John Hugues, la tension
d'un Poltergeist et l'inventivité d'un Explorers...
Alors quid du fond et de la forme de cet essai ?
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L'HISTOIRE
A la fin des années 1970, un groupe d'adolescents tentent
de finir le tournage en super 8 d'un film de zombies, hommage
à celui de Romero. Alors qu'ils ont enfin trouvé la fille de
rêve pour incarner la seule femme du métrage, un accident
majeur transforme leurs vies et celles des habitants de la
petite ville de Lillian, Ohio : un train militaire déraille devant
leur caméra, et ce que les soldats voulaient garder secret
s'échappe et crée le chaos dans cette bourgade si calme...
LE PARTI PRIS
La chose qui s'est échappée du train est en fait un alien,
tenu au secret par l'armée et les scientifiques depuis les
années 1950. Mais cette histoire n'est au final qu'une anecdote
par rapport à la love story des deux personnages principaux :
Joe et Alice. Tout les oppose, ils apprennent ensuite à se
connaître et à dépasser leurs différences et l'avis de leurs pères
respectifs dans une situation de crise qui met à mal les habitudes
de la banlieue tranquille dans laquelle ils vivent. Bon, ça pourrait
être du Footloose ou du Dirty Dancing à 50 millions de dollars
que ça ne changerait pas grand chose...
On ne voit que très peu l'alien, l'histoire des deux pères ennemis
prend aussi le pas sur le fantastique, et le déterminisme/hasard
devient incontournable ce qui limite l'impact des actions des
personnages : les familles sont liées par le deuil et l'amour,
les accidents en série arrangent bien les choses, on ne craint
rien pour les gamins depuis le début, les préparations de
séquences sont énormes, les rencontres tombent bien, le
coup du cimetière est heureux, idem pour tout ce qui a trait
au cube, à la corde utilisée, au passage du bus et de sa vitre
blindée si facilement destructible...
Le choix se porte donc sur une série B à gros moyen
dont la structure est courte, un peu à l'ancienne, et où
l'exposition et la résolution sont limitées. Mais quelle
exposition nom de Zeus !!!! Si le métrage avait été
régulièrement à la hauteur des 15 premières minutes,
les spectateurs auraient visionné un autre film...
Le montage devient forcément prévisible et
l'enchainement des séquences évident, ce qui
tend à rendre le film très grand public, sans
véritable surprise. L'originalité du traitement
vient donc d'ailleurs : un magnifique travail
de l'image, de la profondeur de champ, de la
composition du cadre dont la teneur profonde
analyse plusieurs tropes/valeurs thématiques
comme le contact, la transgression et la notion
de proximité...
QUELQUES REFERENCES UTILES
Le film en lui même est vendu presque
comme un film de monstre, alors qu'il possède
beaucoup d'ingrédients venant du film catastrophe :
le microcosme, la population ignorante, la
technologie/industrie qui échoue, les familles
dispersées, un couple en devenir, les chiens
sauvegardés comme valeur conservatrice...
Changement de poids : ici, pas de personnalités politiques
en place, pas de morts parmi l'échantillon social, la
conférence de presse est vite envoyée pour se focaliser
sur le spécialiste du coin en matière d'ondes courtes...
Nous avons certes un spécialiste de la biologie et
un responsable de la police comme dans Jaws,
mais la traque n'est pas le fond, ni la survie d'ailleurs.
Voilà donc ce qui fait surtout fond commun avec Jaws :
le choc initial qui amène un monstre perturbateur
dont la vraie nature échappe aux autres. Un
monstre qui trouble des vacances insouciantes
et renvoit le père à ses responsabilités...
On a pas mal glosé sur le lien avec ET et les Goonies,
ce qui semble assez limité, voire imparfait. Certes, on retrouve
l'importance des vélos BMX de l'époque hehehe, mais ils
ont perdu de leurs valeurs libertaires. Entre ET et Super 8,
nous retrouvons cette même idée d'une banlieue de
l'Amérique profonde ancrée dans ses habitudes et ses
prénotions (les médias ne peuvent nous tromper, les Russes
sont forcément derrière tout ceci, l'industrie US ne peut chuter...).
Mais la mélancholie et la nostalgie ne semblent pas
avoir de prise sur le spectateur qui a connu les films
sur cette époque, tournés à cette époque...
Ce sont des séquences qui renvoient à d'autres
plutôt qu'à l'esprit des productions des 80's :
àl'instar des plans dans la chambre de Joe/Elliot,
sur cette banlieue traditionnelle, sur les repas
de famille plus ou moins désorganisés et sur
certains bâtiments qui pouraient cacher la "bête".
Sans compter les rayons de lumières, hérités tout
autant des sources ET que des flares de
Rencontres du 3eme type... les thématiques
de la confiance dans les adultes, l'armée,
les reconstitutions Low Tech des aliens...

En ce qui concerne Rencontres du 3eme type,
les liens sont manifestes quant à l'utilisation
des maquettes, du contact, de la force des rêves,
des plans sur l'armée et de la transgression régulière
que représentent les personnages principaux
tels que Joe/Roy, ainsi que les cadrages sur les
personnages portant leurs regards sur les hauteurs...
On éliminera tout de suite les Goonies, réalisé par
Donner et produit par Spielberg car ici dans Super 8 rien
n'est vraiment aventureux/dangereux et rien n'est
vraiment comique. La constitution du groupe ici est
artificielle, les interactions gratuites (sauf celles entre
Charles et Joe), les personnages secondaires n'étant
que des faire valoir sans fonctions réelles. On retrouve
certes le travail sur la caverne, le passage chtonien
obligé sous la terre, la famille ressoudée et la culture
populaire citée et récitée... Mais rien à voir avec
l'initiation pure du passage à l'âge ado et autre,
et la tension dramatique liée au personnage de
Mickey Walsh, désireux par dessus tout de trouver
le trésor du Borgne et de sauver sa maison...
Donc beaucoup de choses liées au nouvel Hollywood jusque
dans l'attaque de bus sur la dernière partie du métrage
(cf Jurassic Park) ou certains noms comme Millner
(cf American Graffti de George Lucas) et l'incontournable
merchandising de l'époque qu'on retrouvait dans chaque
chambre d'ado US des films voulant faire "branché".
On retrouve également dans Super 8 d'autres références
plus ou moins explicites, comme celles liés à George Romero,
Lost, la culture pop...
Je viens de parler de Lost, car Abrams fait de l'autocitation
à l'instar d'un John Carpenter à sa grande époque, comme
pour montrer que le film est aussi écrit par lui et produit
par Bad Robot : Les magasins empruntent les noms
de plusieurs personnages de Lost (James/Locke), le travail
de fond musical de Michael Giacchino balance entre silences
et effets narratifs, les noms liés à Abrams lui-même comme
la ville de Lillian, le nom de Kelvin qu'on voit partout dans
toutes ses productions, le son du monstre et son aspect
qui rappelle tant la fumée noire de Lost que le design qu'a
apporté Neville Page au monstre de Cloverfield
bien évidemment.
Pour les amateurs des productions Bad Robot, certains
invariants sont présents dans le travail d'écriture :
l'évolution du montage, la perte de la mère comme élément
fondateur, l'importance du souvenir et le nom de famille du
personnage principal qui ne peut être à terme qu'un meneur
(cf Sheppard dans Lost, Bishop dans Fringe, Joseph Lamb
ici dans Super 8)...
LES THEMATIQUES/TROPES
Abrams et son équipe sont des techniciens de l'écriture
qui sont remarquables dans leur façon de réutiliser des détails
historiques et les références socioculturelles pour créer un
rapport de connivence plus ou moins étroit avec le spectateur.
Dans Super 8, on retrouve l'héritage des films catastrophes
avec la série toujours bienvenue de la critique de l'industrie US,
de l'armée et des médias : ce qui tend à milker (faire monter)
le côté théorie complotiste qui joue sur la paranoia et les
spéculations : le carton du début avec la correction du panneau
de sécurité est une idée magnifique, qui fluidifie la narration
jusqu'à l'accident. On retrouvera ultérieurement ce jeu
avec l'industrie US comme avec le déraillement feroviaire,
les pannes, le vol des moteurs, la pénurie d'électricité, l'attaque
du poste d'essence, la traversée du cube qui impact le
poster de la navette etc... Tout concourt à critiquer
indirectement la course à l'industrie/énergie des USA
(jusque dans le passage audio mentionnant "l'incident"
de la centrale nucléaire de Three Mile Island en 1979)...
Par ailleurs, le fond proxémique du film est également
remarquable : tous les personnages en réelle interaction
iront de la distance/rupture au contact/toucher pour mieux
annoncer le partage, la communion des esprits (et pas
uniquement celui de Joe et l'alien). Les personnages sont
tous séparés par le montage, les décors, les splits, la
profondeur de champs et se retrouvent au fur et à mesure
des contacts plus ressérés entre eux : quitte à, par la suite,
éliminer tous les personnages parasites (la foule, les voisins,
les autres membres du groupe etc). Même l'histoire
d'amour entre Joe et Alice est une histoire de contact filmique :
les champs contre-champs vont s'atténuer au fur et à mesure
du montage, alors que les contacts se feront de plus en plus
présents : bonbon, maquillage, regard, étreinte,
giffle, main tenue...
La vie avec l'autre, l'étranger, l'alien, le
voisin, celui qui est différent est donc possible
tout comme l'était le message d'espoir avec
Rencontres du 3eme type...
Transgression et remise en cause de l'autorité
sont aussi des éléments récurrents du métrage d'Abrams :
les pères sont absents, perdus et distants (ou atteint carrément
du syndrome de Cassandre). Les militaires sont de dangereux
individus à qui il ne faut pas faire confiance, car ils sont secrets
et/ou incompétents. Les policiers se cachent aussi comme des
enfants, ne sont pas pris au sérieux et complotent dans leur
coin... Les habitants adultes sont des moutons, aucune personnalité
politique ne se dresse contre l'autoritarime des soldats.
Tous les films de l'époque renvoient aux ados qui
transgressent les règles de la société pour surmonter
leurs propres difficultés et clasher dans leur environnement :
Dans Super 8, le gang vole, ses membres rentrent par
effraction dans différents endroits, mentent de façon éhontée...
Ici, dans la chambre de Joe, il y a des références classiques
au merchandising SF et jouet, mais aussi un étrange poster
de Crumb qui fut le pape de l'underground. Romero est
un modèle cinématographique pour Charles alors
qu'il fut l'antiréalisateur qui fit trembler l'Amérique avec
l'un des films les plus subversifs des Midnight Movies.
Référence complémentaire : la BO des Knack avec
"My Sharona" parlant de moteur, de contact, d'esprit
et de destinée en représentant tout de même une
singulière nouvelle vague du rock...
Intégration ou marginalisation des adolescents
dans une société confrontée à ses démons et
ses transformations, c'est un peu ça la quintessence
des 80's... Pourquoi ? La plupart des recherches
en sociologie sur les marginaux, déviants, solitaires
étaient appliqués aux médias de divertissement
et les oppositions communauté/société étaient
donc légion dans ceux-ci : Super 8 ne
déroge pas à cette règle avec la création d'un
groupe de jeunes qui s'entraide et sont liés
par le contact et l'affection mutelle contre un
environnement anxiogène, déshumanisé, où
mécanisation, médias et industrialisation
l'emportent sur l'émotion et la communauté.
BOUCLES / OPPOSITIONS / LEITMOTIVS
Des repères réguliers parsèment le métrage d'Abrams
ce qui tend encore à prouver que l'écriture est plus
structurelle qu'émotionnellent vraie :
On commence par les deux pères liés par la mort de
la mère de Joe, par les menottes, leurs confusions,
leurs inutilités et la ligne finale faite devant la caméra.
Le père de Joe est à part, car le montage le suit en
parallèle plus que celui d'Alice (looser alcoolisé sur
la voie d'une certain rédemption) : le deputy Lamb
est à un certain moment obligé de se déguiser, d'oeuvrer
contre ses principes et d'aider son supèrieur (alors que
son ennemi, le militaire, cause la perte de son suballterne).
Les élements naturels sont extrêment présents comme
dans tous les films catastrophe : le feu, le vent, la terre
et l'eau se suivent en parallèle à toute destruction
industrielle liée à l'inventivité de l'homme.
Le colonel Nelec, le bien nommé, arrive en ville en même
temps que le monstre. Les pannes d'électricité commencent
lorsque le mal est en ville, mais quel mal précisément ?
Nelec est le raccoucri de "Non Electrical", ce qui est tout
de même assez ironique et symbolique.
Les leitmotiv sont nombreux autour du bijou totem de Joe
(jusqu'à son abandon final qui clôt le drame et ouvre un futur
possible), du chateau d'eau, de la mise en abyme des objets
écrans, des surfaces réfléchissantes (chères à Spielberg)
plus ou moins morcellées.
Les oppositions continuent notamment entre Charles et Joe,
leurs visions d'Alice, leur leadership sur le groupe, leur physique,
la solitude de Joe et le manque d'intimité de Charles etc...
Malgré toutes ces dissemblances, Joe sacrifierait ses maquettes
pour le film de Charles. En fait, ce sont tous les autres qui
sont sacrifiés filmiquement pour finir le film très rapidement
sur le couple Joe/Alice et leurs paternels. Sacrifice et
renaissance/renouveau : c'est aussi l'objet du film dans le film,
celui des zombies réalisé par Charles... Ce qui est
intéressant, c'est que le générique entier sera consacré
à l'oeuvre finale de Charles qui était morcellée en
prises de vue en série cuttées dans le film Super 8.
L'un des coups de génie du film avec son introduction...
C'est dans ces détails que Super 8 est bon :
Le vrai début du film commence par un au revoir sur
les quais d'une gare, toute une série de boites (comme
pour Alias et Lost) s'imbriquent les une dans les autres :
les cubes, les containers, les wagons, le coffre etc...
Alice va sous terre, dans le terrier du monstre, pour
enfin savoir la vérité sur l'alien : tout le monde y sera
sur la voie de la transformation et dans leur fuite les
adultes seront éliminés encore une fois filmiquement
(le chef de police, une 2eme fois, représentant l'autorité
conservatrice et la femme aux bigoudis représentant
quant à elle l'inconscient collectif)...
INDUSTRIAL, LIGHT AND NO MAGIC
Voici donc en quelques lignes forcément réductrices
une certaine vision du film Super 8 de JJ Abrams :
pour moi, un long métrage où finalement l'émotion est trop
peu présente du fait du choix initial de montrer plus une
love story adolescente affrontant la vision des adultes.
Super 8 n'est pas un film de monstre, ni un
film d'aventures adolescentes et encore moins
un film de SF... Tout ceci porté par une écriture
technique, dévolue à une programmation de
succès annoncé pour une audience la plus
large possible...
Oui, il y a un peu de ET, de Goonies,
de Rencontres du 3eme type dans Super 8,
mais tout ceci est réducteur et fait partie de
d'une promotion du film ou du suivisme
des articles l'ayant critiqué/commenté
beaucoup trop succintement...
Si votre désir est de revivre l'émotion première
d'un visionnage naif des aventures VHS de la fin
des années 70, début des années 80, vous ne pourrez
être que déçus, forcément. On ne peut être et avoir été...
Si votre désir est de voir de vrais films d'époque
avec des enjeux, du rythme, de la fantaisie, de l'humour,
du fun et des liens vértables entre les personnages :
Les Goonies
Stand By me
Explorers
Si votre désir est de voir des choses
qui participent de ces éléments en faisant
référence aux films d'horreur/SF avec une
vraie mise en abime :
Small Soldiers
Panique à Florida Beach

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RETROSPECTION ?
Super 8 c'est quoi ?
Un passage de témoin dans un bac à sable filmique
entre un Abrams (fer de lance de la nouvelle génération
de scénaristes/réalisateurs devenus producteurs grâce
à la notoriété qu'ils ont acquis depuis les 10 dernières années
en démarrant à la TV) et un Spielberg qui en a un peu fini
avec ces "conneries d'un autre âge", et qu'il avait déjà un
peu léguées non officiellement à M Night Shyamalan ?
Un melting pot spielbergien, cross produit
entre Amblin et Bad Robot, et doté d'une
faible valeur scénaristique ajoutée ?
Une histoire d'enfants qui jouent aux zombies
dans un monde très artificiel, et où des adultes incompétents
traquent un monstre qui n'en est pas un ?
Un film remarquablement technique sur la nostalgie du
premier amour et critiquant la parentalité en doute ?
ou...
Un film de geeks (sur le retour) portant sur 5 ados en pleine
puberté (les 5 doigts d'une main), se paluchant gaiement en
fantasmant sur les promesses d'une jeune actrice en devenir,
autour d'éléments graphiques phaliques omniprésents...
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Et vous, comment avez-vous vu Super 8 ?




























































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